Shakur Stevenson : la victoire contre Lopez, et le doute

Ren
Photo par Mark Robinson / Matchroom Boxing

Shakur Stevenson reste un cas particulier. Depuis plusieurs années, on nous le présente comme une future très grande star de la boxe américaine. Le parcours amateur, le talent brut, la mise en avant par Top Rank : tout allait dans ce sens. Et pourtant, malgré des qualités évidentes et une nouvelle victoire de haut niveau contre Teofimo Lopez, quelque chose ne prend toujours pas complètement.

Un talent évident, une adhésion qui ne suit pas

Sur le plan purement sportif, il y a peu de reproches à faire à Stevenson. Il est rapide, précis, techniquement supérieur à la plupart des boxeurs qu'il affronte, et il sait contrôler un combat. Depuis le début de sa carrière professionnelle, il a souvent donné l'impression d'être en maîtrise.

Le problème n'a jamais vraiment été son niveau. Le problème, c'est l'impact qu'il laisse. Beaucoup de ses victoires sont propres, logiques, sérieuses. Mais elles ne s'installent pas dans les mémoires comme de grands moments. On reconnaît la qualité du boxeur, sans forcément ressentir l'envie de revoir immédiatement le prochain combat.

Ce décalage rappelle d'ailleurs ce qu'a longtemps vécu Terence Crawford. Lui aussi a mis des années à devenir populaire malgré un talent immense. Bob Arum avait même reconnu à l'époque qu'il avait eu du mal à rentabiliser sa carrière. Stevenson semble avancer sur une trajectoire comparable : beaucoup de crédibilité, mais pas encore de véritable attachement du grand public.

Une victoire sur Lopez qui valide, sans trancher

Face à Teofimo Lopez, Stevenson a livré une prestation solide. Sérieux, discipliné, précis, il a montré qu'il pouvait évoluer à très haut niveau sans perdre sa lucidité. Il y avait aussi, dans cette victoire, un petit changement intéressant : il est resté à une distance plus convenable que d'habitude. Là où on lui reproche souvent une boxe trop fuyante, au point de rendre certains combats frustrants pour le public, il a cette fois accepté de rester davantage au contact sans pour autant s'exposer inutilement. De ce point de vue, la victoire est importante. Elle confirme qu'il appartient bien à l'élite.

Mais elle pose aussi une limite assez claire. Lopez n'arrive plus au sommet de sa dynamique. Il a déjà laissé des plumes, notamment avec sa défaite contre George Kambosos, et sa montée au-dessus des 135 livres a semblé réduire une partie de son impact. Le boxeur reste dangereux, bien sûr, mais il n'est plus tout à fait dans la phase ascendante qui faisait de lui un phénomène.

Son plus grand moment reste peut-être ce KO contre Richard Commey. Ensuite, il y a eu la victoire contre Lomachenko, très serrée, presque assimilable à un nul dans l'esprit de beaucoup. On peut même soutenir que Lopez a surtout profité d'un début de combat raté de Lomachenko, davantage qu'il n'a réellement dominé l'ensemble de l'affrontement.

Dans ce contexte, battre Lopez reste une belle performance. Mais pour Stevenson, à ce moment précis de sa carrière, cela ressemble davantage à une validation supplémentaire qu'à un tournant définitif.

Le vrai sujet : devenir un rendez-vous

C'est là que se situe le vrai problème de Stevenson. Il est déjà reconnu comme un très grand boxeur. En revanche, il n'est pas encore devenu ce boxeur qu'on attend comme un rendez-vous. Et ce cap ne se franchit pas seulement avec de la technique.

Il y a une part de charisme, évidemment, à l'intérieur comme à l'extérieur du ring. Mais il y a aussi une question de rythme et d'élan. Les plus grandes figures du moment, de Canelo à Naoya Inoue, ne se contentent pas de gagner : elles imposent une cadence, créent une attente, entretiennent une forme d'évidence.

Stevenson, lui, a encore besoin de cette séquence-là. Le pas montré contre Lopez est encourageant : en restant un peu plus au contact, il a prouvé qu'il pouvait proposer une version moins fuyante de sa boxe sans perdre le contrôle. Mais le stade supérieur, pour que sa carrière devienne vraiment plus excitante, sera d'aller vers une boxe plus agressive, plus tournée vers l'initiative et la recherche du KO, quitte à accepter davantage de risque. Monter de catégorie, combattre plus souvent, prendre davantage de risques dans la construction de sa trajectoire : c'est peut-être à ce prix qu'il pourra enfin transformer l'estime qu'il inspire en véritable enthousiasme.

Le talent est là. Depuis longtemps. Ce qui manque encore, c'est le moment qui fait basculer un excellent boxeur dans une autre dimension.