Il existe des défaites qui s'expliquent facilement. Un boxeur est trop vieux, trop petit, trop entamé, ou simplement tombé sur meilleur que lui. Puis il existe des combats plus troublants, ceux qui laissent une impression de décalage entre le résultat officiel et ce que l'on a vu, mais aussi entre le boxeur attendu et celui qui s'est réellement présenté sur le ring. La défaite de Vasiliy Lomachenko contre Teofimo Lopez, en octobre 2020, appartient à cette catégorie.
Sur le plan comptable, le verdict est clair. Lopez l'emporte par décision unanime, avec des scores de 119-109, 117-111 et 116-112. Officiellement, il s'offre alors la plus grande victoire de sa carrière et ajoute les ceintures de Lomachenko à la sienne pour devenir champion unifié chez les poids légers. Mais ces cartes très larges n'ont jamais vraiment clos le débat. Elles l'ont plutôt ouvert, tant le combat a donné le sentiment étrange d'avoir été perdu d'abord par Lomachenko, avant d'avoir été pleinement gagné par Lopez.
Il faut se replacer dans le contexte. Lomachenko arrivait comme l'un des meilleurs boxeurs du monde, déjà installé dans l'élite pound-for-pound, avec trois ceintures en poche et l'ambition de continuer à régner sur la catégorie. En face, Lopez montait vite, très vite. Son KO contre Richard Commey avait changé sa dimension médiatique, et son profil athlétique posait une question réelle. Plus grand, plus puissant, plus explosif, il représentait un danger évident. Mais malgré cela, peu d'observateurs imaginaient voir Lomachenko passer la moitié du combat comme un homme qui n'ose pas entrer dans son propre rendez-vous.